“Pour l’exposition Maelstrom, Salomé Pia a décidé de « sacrifier » sa collection d’images pour en faire une pièce à part entière, prenant l’autonomie d’une œuvre : dans la salle des Abbesses plongée dans l’obscurité, elle installe un bureau et une petite lampe individuelle, reconstituant l’intimité de l’étude en bibliothèque. Sur ce bureau, le visiteur est amené à consulter un album. Ici, elle épure et fige dans le même mouvement son archive visuelle personnelle. Feuilletant cet album, on entre dans l’intimité de l’atelier tout en étant privé de la clé qui nous permettrait d’en percer le secret. La seconde installation de l’artiste s’intitule Servez-vous. Le titre, loin d’être ironique, est presque un mot d’ordre afin d’activer la pièce. Nous avons face à nous un grand dessin représentant une femme à taille réelle. Le corps est nu. Progressivement le spectateur est amené à le déchirer, à dépouiller ce corps de sa peau si lisse, afin de dévoiler ce qu’il y a en dessous : le tissus musculaire d’abord, puis les organes, et les os, dessinés à grand renfort d’ouvrages anatomiques. Le public, devenu presque cannibale se sert et dénude, ou plutôt « pille » ce corps dont il pourra ramener un morceau. Performative, cette œuvre est aussi une réflexion profonde : qu’est-ce que l’obscénité, est-ce la vision de la nudité ou celle de la chair à vif ? Qu’est-ce que le voyeurisme ? L’installation est aussi une réponse à notre interrogation sur l’archive. Selon Jacques Derrida, il n’y a pas d’archive sans violence, sans un pouvoir de destruction capable de sélectionner ce qu’il y aurait à conserver d’un côté, et ce qu’il faudrait réduire en cendre de l’autre.” Léa Bismuth